1 - L’importance de ces concepts dans la Bible
Le mot Justice revient 458 fois dans la Bible : en hébreu Tsedaqah (innocence, clémence, bienfaisance…) Le mot Juste, lui revient 452 fois : en hébreu Tsèdeq (droit, intègre, innocent, bienfaisant…) Voici quelques exemples :
Genèse 15,5 - Il le conduisit dehors et dit : Lève les yeux au ciel et dénombre les étoiles si tu peux les dénombrer et il lui dit : Telle sera ta postérité. 6 - Abram crut en Yahvé, qui le lui compta comme justice.
7 - Il lui dit : Je suis Yahvé qui t'ai fait sortir d'Ur des Chaldéens, pour te donner ce pays en possession.
Osée 2,20 - Je conclurai pour eux une alliance, en ce jour-là, avec les bêtes des champs, avec les oiseaux du ciel et les reptiles du sol; l'arc, l'épée, la guerre, je les briserai et les bannirai du pays, et eux, je les ferai reposer en sécurité. 21 - Je te fiancerai à moi pour toujours; je te fiancerai dans la justice et dans le droit, dans la tendresse et la miséricorde; 22 - je te fiancerai à moi dans la fidélité, et tu connaîtras Yahvé.
Genèse 6, 9 - Voici l'histoire de Noé :Noé était un homme juste, intègre parmi ses contemporains, et il marchait avec Dieu.
10 - Noé engendra trois fils, Sem, Cham et Japhet. 11 - La terre se pervertit au regard de Dieu et elle se remplit de violence. 12 - Dieu vit la terre : elle était pervertie, car toute chair avait une conduite perverse sur la terre.
Le mot Paix revient 311 fois : en hébreu Shalom, paix prospérité, harmonie… Voici des exemples :
Nombres 6,22 - Yahvé parla à Moïse et dit : 23 - «Parle à Aaron et à ses fils et dis-leur : Voici comment vous bénirez les Israélites. Vous leur direz: 24 - “Que Yahvé te bénisse et te garde! 25 - Que Yahvé fasse pour toi rayonner son visage et te fasse grâce! 26 - Que Yahvé te découvre sa face et t'apporte la paix!” 27 - Qu'ils mettent ainsi mon nom sur les Israélites, et je les bénirai.»
Michée 3,5 - Ainsi parle Yahvé contre les prophètes qui égarent mon peuple : S'ils ont quelque chose entre les dents, ils proclament : «Paix!» Mais à qui ne leur met rien dans la bouche ils déclarent la guerre. 6 - C'est pourquoi la nuit pour vous sera sans vision, les ténèbres pour vous sans divination. Le soleil va se coucher pour les prophètes et le jour s'obscurcir pour eux.
Justice et Paix
Ps 85,8 - Fais-nous voir, Yahvé, ton amour, que nous soit donné ton salut! 9 - J'écoute. Que dit Dieu? Ce que dit Yahvé, c'est la paix pour son peuple et ses fidèles, pourvu qu'ils ne reviennent à leur folie. 10 - Proche est son salut pour qui le craint, et la Gloire habitera notre terre. 11-Amour et Vérité se rencontrent, Justice et Paix s'embrassent; 12 - Vérité germera de la terre, et des cieux se penchera la Justice; 13 - Yahvé lui-même donnera le bonheur et notre terre donnera son fruit; 14 - Justice marchera devant lui et de ses pas tracera un chemin.
Romains 14,17 - Car le règne de Dieu n'est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint. 18 - Celui en effet qui sert le Christ de la sorte est agréable à Dieu et approuvé des hommes. 19 - Poursuivons donc ce qui favorise la paix et l'édification mutuelle. 20 - Ne va pas pour un aliment détruire l'œuvre de Dieu. Tout est pur assurément, mais devient un mal pour l'homme qui mange en donnant du scandale.
2 - Des réalités complexes : théocentriques et anthropocentriques
Les concepts de justice et de paix dans la Bible ne correspondent pas exactement au sens de ces mots dans le vocabulaire moderne. Ce sont des concepts beaucoup plus complexes. Ils comportent plusieurs dimensions. Par exemple la justice est beaucoup plus que la justice des échanges en société, la justice dans la Bible touche non seulement nos rapports avec autrui et dans la société, mais aussi la transparence et la vérité devant Dieu. Un homme juste dans la Bible, c’est une personne selon le cœur de Dieu, il y a là une dimension, qui est celle de reconnaître la Seigneurie de Dieu, que le Seigneur est notre maître, l’auteur de tout ce qui vit et existe.
On ne trouve pas dans la Bible une charte des droits de la personne humaine, comme nos chartes des droits, mais à partir de la Bible on a pu en tirer l’inspiration de la grande majorité des articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
On trouve dans la Bible des principes et des prescriptions, on distingue la justice et le droit (les prescriptions), il y a une foule d’applications à des situations concrètes, rattachées dans certains cas à des périodes particulières.
Au sujet de ces prescriptions, voici un extrait du Talmud babylonien : « Rabbi Shimlaï rapporta : 613 préceptes ont été transmis à Moïse; 365 préceptes négatifs correspondent aux jours de l’année solaire, et 248 préceptes positifs correspondent aux parties du corps humain. Sur quoi David vint et en réduisit le nombre à onze…Sur quoi Isaïe vint et en réduisit le nombre à six…Sur quoi Isaïe revint une seconde fois et en ramena le nombre à deux, vint ensuite Habaquq et il les ramena à un seul, car il est dit : Le juste vivra par sa fidélité (Ha 2,4) » (J. Neusner, A Rabbi Talks with Jesus, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2000)
3 - Fondements de la justice et de la paix dans la Bible
Au départ, il y a l’affirmation que l’humanité est faite à l’image et à la ressemblance de Dieu, homme et femme, il les fait. Doués d’intelligence, de jugement, de liberté, de capacité d’aimer. Et dans l’un des premières scènes de la Bible, au Livre de la Genèse, on y voit l’homme et la femme, confrontés à un choix : donc capables de dire oui ou non, tentés de devenir comme des dieux, décidant de ce qui est bien et mal. La scène du départ nous dit que l’homme et la femme ont dit non à Dieu. C’est un peu la synthèse de tous les non que le peuple hébreu et tous les hommes ont opposés au plan de Dieu.
Pour la Bible, la suprême injustice c’est de ne pas reconnaître l’œuvre de Dieu et de ne pas l’aimer. La 2e injustice la plus importante c’est de prendre la vie de son frère ou de l’opprimer. Le premier meurtre raconté dans la Bible est celui d’Abel par son frère Caïn. À cette occasion, Dieu dit à Caïn : « Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête? Mais si tu n'es pas bien disposé, le péché n'est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer?» (Genèse 1,7) c’est-à-dire : la tentation est en toi, mais tu peux y résister.
Jésus, dans son commentaire sur la Loi qui se trouve dans le Sermon sur la montagne, revient sur ce commandement : Matthieu 5, 20 - «Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. 21 - «Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres :Tu ne tueras point; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. 22 - Eh bien! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal; mais s'il dit à son frère : “Crétin!”, il en répondra au Sanhédrin; et s'il lui dit : “Renégat!”, il en répondra dans la géhenne de feu. 23 - Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, 24 - laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. »
Le commandement Tu ne tueras pas a été compris tout de suite comme pouvant comporter des exceptions d’auto-défense et le pouvoir de tuer en cas de guerre. Les prophètes Isaïe et Michée au 8e siècle sont venus ajouter une nuance à ce sujet, en proposant un idéal de paix et un arrêt de la violence et de la guerre. Nous verrons cela bientôt.
Pour appliquer les principes de justice et de paix, il n’y a pas de mode d’emploi détaillé dans la Bible, il y a quelques balises, le reste est laissé au jugement des hommes, communisme, socialisme, capitalisme, monarchie, dictature, démocratie, Dieu a laissé cela aux hommes. Aurait-il dû? Il a pris un grand risque. Nous ne voyons pas comment il aurait pu faire autrement en nous donnant la liberté.
Pourquoi Dieu ne tolère pas l’injustice entre les hommes, ni le fait que quiconque tue son frère? Parce que ce monde est son œuvre et que l’injustice et la violence défigure et dénature son oeuvre. C’est un peu comme l’artiste qui ne peut tolérer, qui se révolte lorsque des vandales viennent massacrer sa toile, sa sculpture.
4 - La paix Messianique (Justice et Paix)
Le rêve du prophète = rêve de Dieu. Michée 4 et Isaïe 2 utilisent des expressions très proches dans ce passage. C’est presque du copier-coller. Isaïe 2,1 - Vision d'Isaïe, fils d'Amoç, au sujet de Juda et de Jérusalem… 3b-Car de Sion vient la Loi et de Jérusalem la parole de Yahvé. 4 - Il jugera entre les nations, il sera l'arbitre de peuples nombreux. Ils briseront leurs épées pour en faire des pioches et leurs lances pour en faire des faucilles. On ne lèvera plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à faire la guerre... 7 - Le pays s'est rempli d'argent et d'or, ses trésors sont sans limites; le pays s'est rempli de chevaux, ses chars sont sans nombre; 8 - le pays s'est rempli de faux dieux, eux se prosternent devant l'œuvre de leurs mains, devant ce qu'ont fabriqué leurs doigts.
Isaïe 11,1 - Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. 2 - Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé : 3 - son inspiration est dans la crainte de Yahvé. Il jugera mais non sur l'apparence. Il se prononcera mais non sur le ouï-dire. 4 - Il jugera les faibles avec justice, il rendra une sentence équitable pour les humbles du pays. Il frappera le pays de la férule de sa bouche, et du souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. 5 - La justice sera la ceinture de ses reins, et la fidélité la ceinture de ses hanches. 6 - Le loup habitera avec l'agneau, la panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduits par un petit garçon. 7 - La vache et l'ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le bœuf mangera de la paille. 8 - Le nourrisson jouera sur le repaire de l'aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. 9 - On ne fera plus de mal ni de violence sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance de Yahvé, comme les eaux couvrent le fond de la mer.
5 - Les béatitudes sur la justice et la paix
Jésus a 2 béatitudes sur la justice dans le sermon sur la montagne : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice : ils seront rassasiés. (Mt 5,6) Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le royaume des cieux (de Dieu) est à eux. (Mt 5,10) Ceux qui ne se plient pas au diktat des opinions et des habitudes dominantes reçoivent une promesse; ils s’agit de personnes qui scrutent autour d’elles à la recherche de ce qui est grand, de la vraie justice, du bien véritable. Daniel, dans le Livre de Daniel, est décrit comme « l’homme des désirs ». (Dn 10,11) Le regard se fixe sur les hommes qui ne se contentent pas de ce qui existe, qui n’étouffent pas l’inquiétude du coeur incitant l’homme à se dépasser et le poussant à entreprendre un chemin intérieur…Ces personnes possèdent une sensibilité intérieure leur permettant d’entreprendre et de voir les signes imperceptibles que Dieu envoie dans le monde et qui brisent la dictature de l’habitude.
Nous pourrions illustrer cela par beaucoup de personnages de l’Ancien Testament et du Nouveau. Les prophètes, Jean le baptiste, Paul et bien sûr Jésus lui-même, car ces béatitudes ne sont pas que des paroles, mais ce que Jésus lui-même a fait. En disant : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, Jésus parle de ces personnes qui recherchent la vérité avec sincérité et passion, de cette soif et de cette faim de justice, qui mènent au Royaume de Dieu. Edith Stein a dit un jour que quiconque recherche la vérité avec sincérité et passion est en route vers le Christ.
Heureux les artisans de paix : ils seront appelé fils de Dieu.
Voyons d’abord l’arrière-plan de l’histoire universelle. On considérait le tout-puissant empereur Auguste comme le « sauveur de tout le genre humain » et comme le grand artisan de la paix. Déjà auparavant, César avait revendiqué le titre d’ « artisan de la paix de l’oikouménè ». Pour les croyants d’Israël cette bénédiction évoque le souvenir du roi Salomon, dont le nom renferme le mot shalom, paix. Voici ce que le Seigneur avait promis à David : « C’est en ces jours que je donnerai à Israël paix et tranquilité…Il sera pour moi un fils et je serai pour lui un père. » (ICh 22,9-10) Cette phrase fait apparaître une relation entre la filiation divine et la royauté de la paix : Jésus est le Fils et il l’est réellement. C’est ce qui fait de lui le vrai Salomon, celui qui apporte la paix. Faire œuvre de paix appartient par nature au fait d’être fils. Cette béatitude nous invite à être et à faire ce que fait le fils pour devenir nous-mêmes des « fils de Dieu ».
Cela est valable tout d’abord à petite échelle dans l’espace de la vie de chacun. Le point de départ en est la décision fondamentale qu’au nom de Dieu, Paul appelle passionnément de ses vœux : « Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. » (2Cor 5,20) Se brouiller avec Dieu est à l’origine de toutes les corruptions humaines, surmonter cette désunion est la condition fondamentale de la paix dans le monde. Seul l’homme réconcilié avec Dieu peut se réconcilier et être en harmonie avec lui-même, et seul l’homme réconcilié avec Dieu et avec lui-même peut faire œuvre de paix autour de lui et la propager à travers le monde entier. « Paix sur la terre » telle est la volonté de Dieu et du même coup la mission confiée aux hommes. Là où l’homme perd Dieu de vue, la paix elle aussi dépérit et la violence prend le dessus avec des formes de cruauté insoupçonnées jusque là, c’est ce que nous ne voyons que trop bien aujourd’hui. (Cf J. Ratzinger, Jésus de Nazareth, Flammarion , 2007, Paris, p.105s.)
6 - Amour de Dieu et Justice
Peut-il y avoir un vrai amour de Dieu s’il n’y a pas d’engagement concret envers son prochain, un engagement qui inclut la justice et l’amour? L’Ancien et le Nouveau Testaments convergent dans la réponse à donner à cette question. Aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même, voilà qui résume la Loi et Les Prophètes, nous dit Jésus de Nazareth.
L’enseignement des prophètes est constant : il n’y a pas de religion véritable, pas de vraie foi en Dieu, sans engagement pour la justice. Et Jésus reprendra à son compte cet enseignement prophétique. Il n’y a pas de vrai amour de Dieu sans l’amour du prochain. Et cet amour dépasse les barrières et les frontières de la famille, de la langue, de la couleur, de l’appartenance à un groupe culturel ou à un peuple…Rappelez-vous la parabole du bon Samaritain, en réponse à la question : Qui est mon prochain? Le prochain du Juif, c’est aussi l’étranger et l’ennemi : le Samaritain.
Le prophète Isaïe a des formules lapidaires : partage ton pain avec l’affamé, défais les chaînes injustes, renvoie libres les opprimés, ne te dérobe pas devant celui qui est ta propre chair…Alors ta lumière éclatera comme l’aurore, ta blessure se guérira rapidement, ta justice marchera devant toi et la gloire du Seigneur te suivra…Si tu te prives pour l’affamé et si tu rassasies l’opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour. (Isaïe 58, 6…10)
Bien sûr nous ne pouvons pas seuls faire tout cela, nous avons besoin de nous mettre ensemble pour donner des mains à nos actions et nous attaquer davantage aux causes des malheurs et des injustices plutôt qu’aux seuls symptômes visibles. Et toujours nous rappeler qu’il s’agit de personnes humaines comme nous. Comme le dit le prophète Isaïe : Ne te dérobe pas devant celui qui est ta propre chair. Si nous mettions en pratique cet enseignement, notre terre changerait, notre monde ne serait plus le même. Le rêve de Dieu et des prophètes deviendrait de plus en plus réalité.
7 - Perspectives bibliques de la justice et la paix vs conscience moderne
Ces perspectives concernant la justice et la paix, en particulier celle donnée par le Sermon sur la montagne, vont à l’encontre de la conception de l’existence qui a cours aujourd’hui. À la vision de Jésus, on oppose la volonté de profiter dès à présent du monde et de ce qu’offre la vie, de chercher le ciel ici-bas sans se laisser arrêter par le moindre scrupule. Déjà au 19e siècle Frédéric Nietzsche avait dit à l’encontre des promesses de Jésus: « Nous sommes devenus des hommes et c’est pourquoi ce que nous voulons, c’est le royaume de la terre. » Nous ne voulons nullement entrer dans le royaume des cieux. Il considérait la morale chrétienne comme « le crime capital contre la vie » qu’il faut dénoncer. (F. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Quatrième partie, GF-Flammarion, 1996, p.372)
Nous qui sommes les enfants de notre époque avons hérité de cette vision des choses; nous répugnons intérieurement à cette option fondamentale du christianisme, telle qu’elle apparaît dans le Sermon sur la montagne. Pourtant nous ne sommes pas insensibles à l’éloge des doux, des miséricordieux, des artisans de paix, des affamés de justice et des persécutés pour la justice.
Après l’expérience des régimes totalitaires, de la brutalité avec laquelle ils ont écrasé les hommes, raillé, asservi, frappé les faibles, nous sommes à nouveau à même de comprendre ceux qui ont faim et soif de justice, nous redécouvrons l’âme de ceux qui sont dans l’affliction et leur droit à être consolés. Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle entre ses horribles serres de rapace une grande partie du monde. (Cf J. Ratzinger, Jésus de Nazareth, p.118s.)
Oui, les Béatitudes viennent nous confronter dans notre vision de la vie et du bonheur, de la justice et de la paix. Ce chemin semble à prime abord misérable, quasiment impossible à suivre. Mais il est le chemin de l’amour, à l’opposé de l’égoïsme, et il peut conduire au bonheur véritable.
Conclusion : Bâtir la paix
"Mon espérance est que de plus en plus de gens découvrent que la paix à laquelle nous aspirons tous n’est pas seulement l’affaire des gouvernements mais l’œuvre de chacun de nous. Nous pouvons tous devenir des bâtisseurs de paix, nous pouvons faire notre part. Le futur de notre monde est entre nos mains. Il dépend de notre engagement à travailler ensemble, avec d’autres, pour la paix, chacun à la mesure de nos dons et de nos responsabilités. Bâtir la paix, ce n’est pas seulement empêcher telle ou telle catastrophe, c’est redécouvrir une vision, un chemin d’espérance pour toute l’humanité." (Jean Vanier, Recherche la paix, Édition Le Livre Ouvert, Mesnil Saint-Loup (France), 2003, p. 14s.)
*Présentation faite par Laurent Lafontaine, le 11 mars 2008, dans le cadre de la Semaine de la Paix, organisée par IKTUS à l’UQAM.
