
Quand nous parlons de la famille en
Occident, nous
oublions souvent que nous nous référons à
des notions culturelles
comme celles de ‘personne’, de ‘dignité
humaine’, ‘d’alliance’,
‘d’engagement’ qui sont loin d’être
évidentes naturellement
mais qui, pourtant, correspondent à ce
que nous sommes
et qui, tout au long d’un processus
historique, nous humanisent.
J’aimerais apporter un éclairage sur un
tel processus…
Nous émergeons à la suite d’une évolution
qui, remarquons-
le, n’est pas uniquement linéaire (du genre
: de l’amibe
à l’homo sapiens) et qui ne va pas de
soi, loin s’en faut, car de
toutes les lignées d’anthropoïdes qui
existaient, une seule s’est
développée pour devenir notre ancêtre
humain, alors que, pourtant,
plusieurs d’entre elles partageaient les mêmes
conditions
géographiques (savane africaine).
Toujours est-il que nous sommes
devenus bipèdes, utilisant nos mains,
fabriquant des outils,
développant le langage grâce à
l’accroissement de notre néocortex.
Un seuil critique fut franchi, la
conscience humaine est
apparue, cette séparation du ‘ moi’ avec
la nature, séparation
très difficile à assumer car elle nous
renvoie à notre vulnérabilité
existentielle, à notre incomplétude,
comme si nous étions
‘de trop’ en ce monde… Ce vertige peut se
réduire par divers
rituels sacrés qui ont tenté de retrouver
l’état de transe, la non
séparation du ‘moi’ avec la nature (on
peut penser aussi à
l’état du foetus dans le sein maternel).
Une autre voie que ces rituels fut prise
par le judaïsme
biblique (et le christianisme ensuite),
avec la révélation d’un
Dieu transcendant qui instaura ce qui
n’existait pas encore
dans la conception du sacré, la nouveauté
d’un sens au monde
profane et d’un temps irréversible où le
futur ne sera pas juste
une répétition du passé (l’éternel
recommencement des religions
orientales). Je ne peux pas entrer dans
les détails de
cette voie mais retenons que c’est là
qu’a émergé la conscience
du ‘moi’ comme personne unique en
relation d’alliance
avec un Dieu unique et personnel qui nous
confie d’humaniser
le monde. Ainsi, si avec la transe on
changeait de monde
–on fuyait le profane pour le sacré-,
avec l’alliance d’un Dieu
personnel on est convié à changer le
monde, - c’est un
Dieu
‘utopisant’-, l’homme n’étant alors plus ‘de trop’
dans ce
monde... Cette mission éthique est
l’héritage de l’Occident qui
constitue la dignité de la personne et
ses droits mais le problème
est que notre rapport à la nature s’est
complètement
renversé depuis la modernité, la nature,
de création de Dieu,
est devenue une ‘mécanique’ et l’homme
aussi et si on peut le
‘réparer’ à partir de cellules tirées du
clonage humain (ou de la
fécondation artificielle), pourquoi pas?
La dignité humaine sur
laquelle on insiste tant en démocratie
occidentale se trouve finalement
ravalée à n’être qu’une ‘mécanique’ vidée
de sens
(par l’abandon de cet héritage
humanisant), c’est un des constats
de l ’Evangile de la vie de Jean-Paul II.
Vous pouvez protester
contre ce lien qui peut vous paraître
indu entre le Dieu biblique
utopisant, la mission éthique confiée aux
humains et la
dignité humaine…mais sachez que cette
dignité n’est pas ‘innée’
et provient d’une histoire unique
(fragile et menacée), d’humanisation
du monde par des ‘utopisants’… Ce que
Michel
Foucault nomme l’archéologie du sujet.
Notre époque connaît une contestation
scientifique qui
rompt avec ce ‘mécanisme’ et qui montre
que l’évolution de
l’Univers provient d’une singularité
initiale extrêmement peu probable
(les physiciens nomment cela le principe
anthropique) et
que loin d’être de ‘trop’ en un monde
étranger, ce monde est,
au contraire, unique en permettant
l’existence de la vie et la
nôtre. Peut-être qu’en en prenant
conscience, nous retrouverons
le goût de fonder des familles en
alliance avec ce Dieu
utopisant, et de préserver la biosphère,
notre espérance pour
un avenir humain et écologique réconcilié
avec l’éthique…
David
Martinez, Diplomé en philosophie à l’UQAM